La littérature tadjike
Racines persanes
La littérature tadjike appartient au vaste domaine des lettres persanes, qu'elle partage avec l'Iran et l'Afghanistan. Son foyer historique se situe dans les villes de Transoxiane, Boukhara et Samarcande, où la dynastie samanide a soutenu poètes et savants à partir du IXe siècle. Cette période fournit encore aujourd'hui la référence dans laquelle les Tadjiks lisent leur identité culturelle.
Roudaki, poète fondateur
Roudaki, né au IXe siècle dans un village de la région de Pendjikent, occupe une place à part. La tradition le tient pour le premier grand poète de langue persane classique et lui attribue une œuvre considérable dont seuls des fragments ont survécu. Attaché à la cour samanide de Boukhara, il donne à la qasida et au robaï une forme que reprendront des générations d'auteurs. Son nom désigne aujourd'hui l'avenue principale de Douchanbé ainsi que de nombreuses institutions culturelles du pays.
Poésie classique et tradition soufie
Les grands genres persans, ghazal, masnavi, robaï et qasida, structurent la poésie lue et récitée au Tadjikistan. Ferdowsi, Omar Khayyam, Saadi, Hafez et Djami relèvent d'un patrimoine commun que les écoles tadjikes enseignent comme le leur. Une part importante de ce corpus se rattache à la mystique soufie, et ses vers alimentent encore le répertoire chanté du shashmaqom.
Naissance de la prose moderne
Sadriddin Aïni, né en 1878 et mort en 1954, est considéré comme le fondateur de la littérature tadjike moderne. Réformateur formé dans les madrasas de Boukhara, il passe de la poésie classique au roman et au récit autobiographique, avec des livres comme Doukhounda, Les Esclaves et ses Mémoires. Le poète Mirzo Tursunzoda, actif de l'entre-deux-guerres aux années 1970, prolonge cette veine dans un registre lyrique et politique.
Ruptures d'alphabet
Le tadjik s'écrit en caractères arabo-persans jusqu'à la fin des années 1920, adopte brièvement l'alphabet latin, puis passe au cyrillique en 1940. Ces changements successifs ont éloigné plusieurs générations de lecteurs des manuscrits anciens et ont fait de la réédition en cyrillique un enjeu culturel durable.
Création contemporaine
Les auteurs actuels publient en tadjik et parfois en russe, entre revues littéraires, maisons d'édition de Douchanbé et réseaux de la diaspora. La poésie garde un prestige social très supérieur à celui qu'elle connaît en Europe, et les récitations publiques restent un exercice apprécié lors des fêtes et des commémorations.