La musique tadjike

Shashmaqom, musique savante

Le shashmaqom constitue le sommet de la tradition savante d'Asie centrale. Son nom signifie six maqom, six cycles modaux qui enchaînent des sections instrumentales et vocales selon un ordre codifié. Cet art s'est formé dans les milieux urbains de Boukhara et se partage aujourd'hui entre le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. L'UNESCO l'a inscrit en 2008 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Les textes chantés proviennent de la grande poésie persane et turque, souvent d'inspiration soufie, et traitent de l'amour divin autant que de l'amour humain. L'accompagnement repose sur des luths à long manche comme le tanbur, le dutor et le sato, ainsi que sur le doira, tambour sur cadre garni d'anneaux qui porte le cycle rythmique.

Falak, chant des montagnes

Le falak vient des vallées du Khatlon et du Badakhchan. Son nom renvoie au ciel et au destin, et son répertoire exprime la séparation, l'exil et la plainte. La voix y monte dans un registre aigu, soutenue par la vièle ghidjak, des luths et des percussions. L'UNESCO a inscrit le falak sur sa liste représentative en 2021.

Instruments traditionnels

L'instrumentarium tadjik associe cordes pincées, cordes frottées, vents et percussions. Le dutor à deux cordes accompagne le chant domestique, le rubob et le tanbur soutiennent les ensembles savants, le nay apporte le souffle de la flûte. Dans les mariages et les fêtes de village, le surnay et les longues trompes karnay annoncent les cortèges au milieu des tambours.

Répertoires du Pamir

Les vallées du Haut-Badakhchan conservent un répertoire distinct, marqué par la présence ismaélienne. Le maddoh y désigne un chant dévotionnel exécuté à plusieurs voix et accompagné du rubob pamirien, dans un cadre communautaire lié aux maisons traditionnelles et aux veillées.

Scène actuelle

La variété tadjike, héritière de l'estrada soviétique, domine les ondes et les mariages urbains, avec des orchestrations synthétiques greffées sur des mélodies traditionnelles. Les conservatoires et les ensembles d'État de Douchanbé assurent en parallèle la transmission du répertoire classique, tandis que des musiciens de la diaspora font circuler le shashmaqom et le falak sur les scènes européennes et nord-américaines.